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Scène de vie à Togbota, le retour de l'école

L’histoire du village de Togbota

L’histoire des origines d’un petit village du Bénin telle qu’elle est racontée par ses habitants

Au Bénin chaque village porte en mémoire l’histoire de ses origines, que ses habitants se transmettent de génération en génération. Après avoir recueilli un certains nombre de témoignages nous publions ici l’histoire de l’origine de l’un d’entre eux, telle qu’elle nous fut racontée par ses habitants. Togbota est un petit village situé sur les rives du fleuve Togbo, dans la vallée de l’Ouémé à 60 km au nord de Cotonou, ses habitants entretiennent avec l’eau une relation privilégiée.

Togbo veut dire « l’ancêtre », d’après l’arbre généalogique, ancêtre veut dire « grand-père de mon père ». Le peuple vient de Adja, dans le département du Mono. Tobgo est une personne humaine, un ancien, il s’est marié à Avacon avec une femme appelée Ava, le nom de cette femme a donné le nom de la région.

Une fois mariés, Ava et Togbo ont quitté Avacon pour aller à Ifangni, dans le département de l’Ouémé. Là-bas, Togbo et Ava vécurent ensemble durant cent ans, ils firent de nombreux enfants et connurent leurs petits enfants. Il y eu donc des « arrières fils » et des « arrières petits fils ».

Mais le peuple manquait d’eau. Cette denrée pourtant si vitale était si rare qu’elle était source de dispute. Alors Togbo, voyant sa grande famille souffrir du manque d’eau, promis à ses enfants de régler ce problème. Togbo était alors très vieux, il était si vieux qu’il ne pouvait faire les gestes quotidiens tout seul.

Un jour ses enfants retrouvent la porte de sa chambre verrouillée. On retrouve une montagne de sable à l’intérieur de sa chambre, de cette dune jailli de l’eau. Grâce au « fa », la science vodoun, les enfants de Togbo discernèrent dans ce signe la marque de l’ancien, ils comprirent que le problème de manque d’eau était résolu pour toujours. En contrepartie, ils se devaient de vénérer l’ancêtre, celui-ci étant devenu une divinité : « Tovodou ».

Togbo transformé en eau et découvert par ses enfants, par Isidore Vodounnou

Des interdits devaient aussi être respectés :

  • ne pas uriner dans l’eau
  • une femme ayant accouchée ne doit pas s’approcher du fleuve durant trois mois, et aussi durant ses périodes de menstruation
  • une personne en pirogue doit faire face au sens de la marche
  • il y a aussi des règles secrètes réservées aux initiés

L’eau fini par gagner tout le département de l’Ouémé rejoignant ainsi les nombreux enfants de Togbo qui occupaient déjà tout le département. Les « Agoénou », ceux qui vivent sur la terre ferme, se virent finalement tous visités par l’eau et devinrent des « Toffinous », des hommes de l’eau.

Houinsou, le frère cadet de Togbo, était un chasseur. Il résidait à Kinto. Les enfants de Houinsou voulaient savoir où se trouvait leur oncle. Houinsou partit donc à la recherche de son frère accompagné de son chien. Après plusieurs jours de marche Houinsou remarqua que son chien avait trouvé le moyen de se baigner, or celui-ci avait besoin d’eau pour continuer sa route. Afin de trouver l’eau Houinsou perça une boite de lait (un lampion à l’origine) qu’il remplit de cendre, il attacha la boite autour du cou de l’animal, le chasseur n’aurait plus qu’à suivre les traces de cendres répandues le long du trajet de son chien, ce qu’il fit.

Houinsou et son chien, par Isidore Vodounnou

Houinsou fini par arriver le long de l’eau, qui à ce moment là n’était pas encore arrivée au niveau de Togbota. Arrivée à l’endroit de l’eau celle-ci se mit à bouillonner en cherchant à engloutir le chasseur. En effet, Tobgo ne voulait pas que son frère Houinsou sache où il se trouvait pour que celui-ci n’entraîne pas avec lui toute sa famille qui serait immanquablement attirée par l’eau. Afin de ne pas être noyé, Houinsou déposa son fusil à l’endroit du bouillonnement de l’eau en disant « sreté », ce qui veut dire « arrête-toi », et le fleuve s’arrêta de bouillonner et recula jusqu’au point de Togbota. Depuis lors, le lieu de cet événement porta le nom de Sreté, sur lequel fut bâtît le village du même nom. Houinsou partit chercher ses enfants et rejoint le Togbo à Togbota. C’est depuis ce jour là que le fleuve, quittant son lit en fuyant Houinsou, connaît des périodes de crues.

Et c’est ainsi que les habitants de Togbota « Agué », c’est-à-dire « de la terre ferme », devinrent des « Toffinous » à leur tour. En dehors du peuple issu de la grande famille de Togbo beaucoup d’hommes vinrent, attirés par l’eau. Les enfants de Togbo tissèrent des liens d’amitié avec eux. Mais la prospérité des enfants de Togbo fini par attiser la jalousie, et d’amis ces hommes devinrent ennemis. Ils cherchèrent à chasser les enfants de Togbo de leur territoire et prirent les armes.

Une nuit, les ennemis attaquèrent le village de Togbota. Or, cette nuit là, un tronc d’arbre recouvrit tout le fleuve. Les enfants de Togbo, fuyant leur agresseurs, se réfugièrent sur cet étrange tronc d’arbre, mais voilà que celui-ci n’était rien d’autre qu’un gigantesque crocodile ! En effet, l’ancêtre Togbo voyant la détresse de ses enfants se transforma en crocodile pour leur porter secours, et ceux-ci purent traverser le fleuve sans encombre. Les ennemis, croyant eux aussi que le crocodile n’était qu’un tronc d’arbre, montèrent eux aussi sur le crocodile, mais celui-ci s’enfonça dans le fleuve, entraînant avec lui les ennemis de ses descendant par le fond, et ceux-ci se noyèrent. C’est ainsi que les enfants de Togbo résidant à Togbota furent sauvés une première fois. Aujourd’hui encore, par reconnaissance, les enfants de Togbo ne mangent toujours pas de crocodiles.

L'ancêtre Togbo, sous la forme d'un crocodile, sauvant ses descendants, par Isidore Vodounnou

Le roi des ennemis fut très mécontent de l’issu des événements. N’acceptant pas la défaite, il réarma ses guerriers et pris la tête du reste de son armée afin de se venger des enfants de Tobgo et de mener son projet de conquête à bien. Lui et son armée s’enfoncèrent donc dans la forêt proche du village pour attaquer ses habitants par surprise. Mais l’ancêtre, Togbo, armé du couteau Dinkpo, les rejoints et les décapita tous, cela se passa à Djado. Ce fut la seconde et ultime défaite des ennemis. Depuis lors, la forêt où eu lieu cette bataille est devenue sacrée, les têtes des ennemis sont encore enterrées dans cette forêt. Personne ne peut ramasser un objet s’il l’a laissé tomber à cet endroit. Aujourd’hui encore, les habitants de Adja, descendant des ennemis, ne se marient toujours pas avec les habitants de Togbo, et ces deux peuples ne viennent pas séjourner sur le territoire de l’autre sous peine de discorde grave allant jusqu’à l’homicide.

Désormais les descendants de Togbo, vivent dans la paix et la sécurité, le fleuve Togbo les protégera tant qu’ils vénéreront l’ancêtre et observeront les interdits.

Contributions et remerciements

L’histoire de l’origine de Togbota racontée par ses habitant a été recueillie en avril 2011.

Nos remerciements au chef d’arrondissement, Mr. SAVI Gaston, aux anciens, et à tous les membres du village qui nous ont apportés leurs concours.

Recueil de la tradition orale : Olivier C.

Réalisation des dessins : Isidore VODOUNNOU.

Le village de Togbota, par Isidore Vodounnou